C’est avec une profonde tristesse que l’Institut Pierre Mauroy a appris, le 18 août 2026, le décès d’Yvette Roudy à l’âge de 97 ans. Première ministre des droits de la femme, déléguée auprès de Premier ministre en 1981 dans le gouvernement de Pierre Mauroy qui l’a appelée pour lui annoncer sa nouvelle fonction, puis ministre (à part entière) des Droits de la femme dans celui de Laurent Fabius jusqu’en 1986, elle a consacré sa vie au combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines. Secrétaire de l’Institut Pierre Mauroy, Ghislaine Toutain a rédigé un texte qui rappelle l’action incessante d’Yvette Roudy en la matière et qui explique qu’elle demeure, aujourd’hui encore, l’une des figures importantes des deux premiers gouvernements de gauche de la Ve République.
Yvette Roudy : Lutter toujours
Commençant à travailler dès l’âge de dix-sept ans et ayant appris l’anglais avec son mari en Écosse où elle séjourne quelques années, rentrée à Paris elle passe son bac et un diplôme d’anglais et devient traductrice. En 1964, elle traduit l’essai « La Femme mystifiée » de l’Américaine Betty Friedan, publié l’année précédente, qui connaît un grand succès et qui relance le mouvement féministe aux États-Unis, voire en France. En 1965, Yvette Roudy rejoint le Mouvement démocratique féminin (MDF) créé en 1962 par Colette Audry et Marie-Thérèse Eyquem. C’est alors qu’elle va entrer en politique par le féminisme. La même année, elle adhère à la Convention des Institutions républicaines (CIR) créée par François Mitterrand qu’elle suivra ensuite au Parti socialiste. Elle rejoint aussi la Grande loge féminine de France. En 1971, elle signe le « Manifeste des 343 salopes » qui reconnaissent avoir subi un avortement et qui appellent à la légalisation de l’avortement en France.
Une avancée porteuse de progrès
En 1977, elle est nommée secrétaire nationale à l’action féminine du Parti socialiste. En 1979, elle crée et préside la commission des Droits de la femme du PS puis elle est élue députée européenne entre 1979 et 1981 sur la liste conduite par François Mitterrand. En 1981, elle devient donc la première femme ministre des Droits de la femme (et non à la condition féminine, comme ses prédécesseuses) déléguée auprès du Premier ministre, une avancée symbolique et porteuse de progrès. En 1982, elle fait officiellement reconnaître le 8 mars comme « Journée internationale des luttes des femmes ». Le même jour, dans un discours clôturant une réunion organisée par Yvette Roudy rassemblant des femmes venues de France et d’Europe, Pierre Mauroy annonce le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale, contre l’avis de François Mitterrand, qui, comme il l’explique dans ses Mémoires, le lui fait savoir par un courrier. La loi relative à la couverture des frais de l’interruption volontaire de grossesse est publiée le 31 décembre 1982.
L’autre loi marquante est celle du 13 juillet 1983 sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes interdisant toute discrimination fondée sur le sexe en matière d’embauche, de salaire, de formation et de promotion, qui porte le nom de « loi Roudy ». D’autres lois la compléteront par la suite, renforçant une égalité qui est encore loin d’être totalement atteinte. Notons aussi, en 1984, la mise en place, sous l’impulsion d’Yvette Roudy, de la « Commission sur la féminisation des noms de métier, grade et fonction » présidée par Benoîte Groult dont les travaux ont abouti à la circulaire du 11 mars 1986, encourageant l’usage des termes féminisés dans les textes administratifs.
Merci Yvette !
Ministre des Droits de la femme le 21 mai 1985 dans le gouvernement de Laurent Fabius, elle quittera ses fonctions gouvernementales le 20 mars 1986. Elle sera ensuite élue députée du Calvados de 1986 à 2002 (avec une interruption de quatre ans) puis maire de la ville de Lisieux entre 1989 et 2001. Pendant toute cette période – et au-delà -, elle poursuivra son action pour les droits des femmes et leur promotion, rédigeant, notamment, en 1996, le Manifeste des Dix pour la parité ouvrant la voie à la loi du 6 juin 2000 tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives adopté sous le gouvernement de Lionel Jospin. Elle participera aussi à la campagne présidentielle de Ségolène Royal et soutiendra François Hollande en 2011.
Son dernier ouvrage, intitulé « Lutter toujours », dresse le bilan de sa vie et de ses combats pour les droits des femmes et leur égalité avec les hommes. Six ans après, « Lutter toujours » est encore d’actualité en France, rien n’étant jamais acquis définitivement pour les filles et les femmes, notamment dans le monde du travail. Amie de Simone de Beauvoir, universaliste et considérant la laïcité comme un moyen essentiel de l’émancipation des femmes, se déclarant « contre le voile » dans Le Point en 2019 (que ferait-elle aujourd’hui pour les Afghanes ?), Yvette Roudy restera dans l’histoire de l’émancipation des femmes la personne qui l’a fait avancer de façon déterminante, comme vient de le démontrer la première femme française, Sophie Adenot, qui soit sortie dans l’espace. Merci Yvette !
Ghislaine Toutain


