Hommage à Lionel Jospin


C’est avec peine que l’Institut Pierre Mauroy a appris, au lendemain du second tour des élections municipales de mars 2026, le décès, à l’âge de 88 ans, de Lionel Jospin qui a été le Premier ministre de notre pays pendant près de cinq ans entre 1997 et 2002. Candidat malheureux du Parti socialiste lors de l’élection présidentielle du printemps 2002, il restera l’une des personnalités marquantes de l’histoire du socialisme français de la seconde moitié du XXe siècle et un compagnon de route proche de Pierre Mauroy tout au long de cette période.

Né en juillet 1937 à Meudon dans une famille protestante, Lionel Jospin entre à l’ENA en 1963, dans la promotion Stendhal, après sa scolarité d’étudiant boursier à Sciences Po Paris et son service militaire comme élève officier à l’École de cavalerie de Saumur. Hostile à la SFIO, il rejoint en 1960 le Parti socialiste unifié puis, en 1965, la mouvance trotskyste. Membre de l’Organisation communiste internationale, il adhère au Parti socialiste, en 1971, lors du congrès de refondation d’Epinay. Chargé au Quai d’Orsay des relations avec les organisations économiques internationales, il enseigne parallèlement l’économie à l’Institut technologique de Sceaux jusqu’en 1981, année où il devient Premier secrétaire du Parti socialiste suite à la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle.

Pierre Mauroy et Lionel Jospin
Pierre Mauroy et Lionel Jospin

Militant dans le XVIIIarrondissement de Paris, devenu conseiller général et député de Cintegabelle (Haute-Garonne) en 1986, il est nommé ministre d’État en charge de l’Éducation nationale en 1988 dans le gouvernement de Michel Rocard. Après avoir entrepris des réformes importantes pendant près de quatre ans dans son domaine ministériel, il se tient un temps éloigné de la vie politique après la défaite du Parti socialiste aux élections législatives de mars 1993. Mais, suite au renoncement de Jacques Delors, il déclare sa candidature à l’élection présidentielle de 1995 où, après être arrivé en tête au premier tour, il doit s’incliner face à Jacques Chirac, maire de Paris. Redevenu alors Premier secrétaire du Parti socialiste, il remet le parti au travail et il lance le rassemblement de la gauche qui lui permettra de remporter les élections législatives consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Jacques Chirac en avril 1997.

À la tête d’une majorité de gauche plurielle, il dirige alors un gouvernement de cohabitation qui s’appuie sur une majorité absolue socialiste à l’Assemblée nationale. La fameuse « dream team » dont les mesures-phares restent l’instauration du pacs, la semaine de 35 heures et la création de 700 000 emplois jeunes ainsi que plusieurs textes visant à renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes dans la société française… Bénéficiant d’un taux de croissance élevé, le gouvernement de Lionel Jospin parvient également à faire reculer le chômage, à réduire le déficit de la Sécurité sociale, à mettre en place une allocation personnalisée d’autonomie et à créer un véritable dispositif de couverture maladie universelle. En 1998, un nouvel accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie est signé entre les loyalistes et les indépendantistes et, en 2000, Lionel Jospin arrache un référendum sur la réduction à cinq ans du mandat présidentiel puis l’inversion du calendrier électoral qui place l’élection présidentielle avant les élections législatives.

On connaît la suite. Après une campagne difficile et une multiplicité de candidatures à gauche, Lionel Jospin n’arrive qu’en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle du printemps 2002 et ne peut donc être candidat au second tour. Un échec qui le conduit à renoncer à la vie politique mais qui ne l’empêchera pas de publier plusieurs ouvrages remarqués sur sa conception exigeante et rigoureuse de l’action politique. En 2012, il présidera, à la demande de François Hollande, une commission sur la rénovation et la déontologie politique avant de terminer sa carrière publique comme membre du Conseil constitutionnel entre 2015 et 2019.

Un long parcours au cours duquel Lionel Jospin a toujours travaillé en liaison étroite avec Pierre Mauroy, son aîné d’une dizaine d’années. Au Parti socialiste, ils ont largement contribué ensemble dans les années 1970 à l’unité des socialistes puis à la victoire de François Mitterrand en 1981 et, en 1988, c’est le soutien de Lionel Jospin qui a permis l’arrivée de Pierre Mauroy au poste de Premier secrétaire tandis qu’en 1995 Pierre Mauroy jouait un rôle décisif dans la candidature de Lionel Jospin à l’élection présidentielle puis dans son retour à la tête du Parti. Véritables hommes d’État, fidèles à leurs convictions, ils ont, tous les deux, dirigé à Matignon des gouvernements de rassemblement des forces de gauche dont les réformes ont marqué durablement la participation du Parti socialiste au pouvoir en France à la fin du siècle dernier.

Lionel Jospin lors de l'inauguration de la rue Pierre Mauroy dans le XVIIIe arrondissement de Paris en novembre 2022
Lionel Jospin lors de l’inauguration de la rue Pierre Mauroy dans le XVIIIe arrondissement de Paris en novembre 2022